Pourquoi je calcule les calories, et pas seulement les glucides

Dr Sheri Colberg Ochs PhD

Dr Sheri Colberg Ochs PhD

De nos jours, quand quelqu’un est diagnostiqué diabétique de type 1 (DT1), la première chose que l’éducateur ou le diététicien essaie de lui enseigner c’est comment calculer les glucides. Bien que je vis avec un DT1 depuis près d’un demi-siècle déjà, je dois admettre que je ne calcule pas les glucides. En plus de cela, je ne pense personnellement pas que le calcul des glucides fonctionne très bien!

L’objectif derrière le calcul des glucides c’est d’essayer d’équilibrer la dose d’insuline ingérée pendant les repas avec l’apport en glucides pour éviter les pics de la glycémie après les repas, ou l’hypoglycémie plus tard. Les glucides sont digérés et complètement absorbés une à deux heures après avoir été consommés, et ils ont indéniablement un impact direct et parfois dramatique sur le niveau de glucose dans le sang. Tous les glucides se décomposent en sucres simples (glucose, fructose ou galactose), et les deux derniers (fructose et galactose) peuvent facilement être convertis en glucose, qui est le sucre simple primaire dans le sang.

Le problème que je vois dans le calcul des glucides est à deux volets: premièrement, tous les glucides n’ont pas le même effet glycémique (à quel taux et avec quelle rapidité ils augmentent la glycémie); deuxièmement, les glucides ne sont pas le seul composant des aliments qui peut affecter le taux de glycémie. La consommation d’aliments avec un indice glycémique élevé (IG, qu’on peut retrouver sur glycemicindex.com) provoquent des pics plus rapides dans la glycémie, mais tout dépend aussi de la quantité totale de glucides contenus dans le repas (la CG, ou la charge glycémique). Par exemple, les carottes ont un IG élevé, mais leur CG est assez faible, ce qui signifie qu’il faudra en consommer beaucoup pour que la glycémie augmente de façon significative. Les pâtes alimentaires par contre sont digérées plus lentement et ont un IG modéré, mais leur CG est suffisamment élévée pour faire augmenter la glycémie lentement plusieurs des heures après la consommation.

pendant les 18 premières années que j’ai vécues avec le diabète et sans un glucomètre, on m’a appris à faire de chaque repas un repas équilibré (glucides, protéines et graisses) et à consommer seulement une certaine quantité de chaque type. Je me suis naturellement éloigné des aliments à transformation rapide (fait avec la farine blanche et le sucre blanc) et approché de ceux qui ne me faisaient pas me sentir mal à l’aise après consommation parce qu’ils avaient un IG faible. À ce jour, je consomme beaucoup les légumes à haute teneur en fibres et à faible teneur en glucides (comme la laitue, les haricots verts, et le brocoli), peu de légumes amylacés (comme le maïs, pois, pommes de terre), et très peu de glucides blancs ayant un GI élevé. Honnêtement, si je devais calculer les glucides et la dose d’insuline par repas correspondante, j’aurais une glycémie basse après chaque repas mais élevée par suite en fonction de la raidité avec laquelle mes repas font monter le glucose dans mon sang!

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Pourquoi je calcule les calories, et pas seulement les glucides

La deuxième partie du problème est relative au fait que fait que l’apport en protéines et en lipides peut également avoir un impact sur les besoins en insuline et sur la glycémie. Le surplus de protéines est converti en glucose et augmente la glycémie trois à quatre heures après avoir été consommés. Cela fonctionne bien lorsque vous essayez d’éviter l’apparition tardive d’hypoglycémie, mais pas quand vous n’avez pas d’insuline dans votre système pour couvrir l’augmentation de la glycémie de façon naturelle. Bien que les graisses ne sont pas directement converties en glucose, au cours du repos de le corps va utiliser la graisse sur le glucose, et pour cette raison, les graisses libérées par les aliments vous rendront résistant à l’insuline. Il y a quelques années, une étude réalisée au Joslin Diabetes Center a montré que si un individu prend deux repas qui contiennent exactement la même quantité de glucides mais avec des quantités différentes de graisses et de calories, il devra prendre plus d’insuline pour couvrir le repas avec plus de graisse (1). J’aurais pu leur dire la même chose à partir de mon expérience personnelle!

En 2015, un examen systématique (2) a donné des résultats similaires : Toutes les études portant sur l’effet de la graisse (n = 7), des protéines (n = 7) et de l’IG (n = 7) ont indiqué que ces facteurs diététiques modifiaient la glycémie postprandiale. L’hyperglycémie postprandiale tardive a été l’effet prédominant de la graisse alimentaire; Cependant, dans certaines études, les concentrations de glucose ont été réduites dans les 2-3 premières heures, probablement en raison de la vidange gastrique retardée. Ces études ont également indiqué que, avec une teneur en glucides identique, les repas riches en graisses/protéines nécessitent plus d’insuline que les repas à faible teneur en matière grasse/protéine. De telles constatations font ressortir la nécessité d’une recherche axée sur le développement de nouveaux algorithmes de dosage de l’insuline basés sur la composition des repas plutôt que sur la seule teneur en glucides.
Un autre problème provient des types d’insuline que les gens utilisent comme insuline des repas. Pendant la « période sombre » des soins du diabète, j’ai commencé à utiliser ce qu’on appelait l’insuline « régulière », qui débutait lentement et durait plusieurs heures après le repas. En fait, j’aurais souhaité avoir toujours accès à l’insuline R, parce qu’elle couvrirait probablement mieux les repas mixtes que je consomme, que les insulines analogues à action rapide disponibles sur le marché actuellement. Les insulines à action rapide disponibles actuellement (Humalog, Novolog, Apidra et Exubera à inhaler) ne durent que quelques heures, et sont vraiment inefficaces pour couvrir l’augmentation de la glycémie découlant de la digestion et de l’absorption des graisses et des protéines longtemps après que les glucides aient disparu.
Ma stratégie personnelle pour traiter la manière dont les insulines à action rapide fonctionnent est de prendre des doses plus importantes d’insuline basale pendant la journée pour aider à couvrir mon apport en protéines et en matières grasses. Je vérifie aussi mon taux de glycémie une heure environ après chaque repas et je corrige avec de l’insuline supplémentaire en fonction du taux de glucose dans mon sang et du réponses que j’attends des restes de calories contenus dans les aliments que j’ai consommés (provenant principalement de glucides à IG faible, et des graisses).

Alors, que devez-vous faire si vous choisissez de ne pas calculer les glucides ? Apprenez tout ce que vous pouvez sur ce que vous mangez. Lisez les étiquettes des aliments pour savoir combien de grammes de glucides, de protéines et de matières grasses ils contiennent. Enregistrez tout ce que vous mangez et buvez (et faites) pendant au moins un mois et voyez comment vous réagisses aux aliments que vous consommez régulièrement. (J’ai l’ai fait pendant au moins une décennie après que j’ai finalement eu un glucomètre pour observer ma réponse personnelle à chaque aliment.) Cela peut également aider de mesurer réellement ce que vous mangez avec des tasses de mesure ou une balance de cuisine jusqu’à ce que vous ayez idée précise des quantités que vous consommez. La plupart des gens de nos jours conçoivent mal les quantités, et mangent beaucoup plus qu’ils ne le pensent. Surtout, il ne faudra prendre en considération plus que les glucides que vous consommez pour gérer vos pics après les repas de façon efficace.