Est-il possible pour un diabétique d’observer le jeûne du ramadan?

Exercer des activités physiques avec le diabète

Est-il possible pour un diabétique d’observer le jeûne du ramadan?

Le jeûne est une pratique courante aux nombreux bienfaits. Que ce soit pour des raisons religieuses ou médicales, de nombreuses personnes ont recours au jeûne. Pour les diabétiques malheureusement, la pratique du jeûne est assez délicate. En effet, le diabétique ne peut se lancer dans un jeûne sans avoir pris quelques précautions. En cette période de ramadan, faisons un tour sur les risques et précautions auxquels sont soumises un diabétique qui jeûne.

Le diabète, une maladie de plus en plus répandue
Le diabète est une maladie chronique qui ne se soigne pas. Mais elle peut être traitée et contrôlée. L’origine de la maladie est un défaut d’utilisation ou un manque d’insuline dans le corps. L’insuline est une hormone produite au niveau du pancréas. Son rôle est de transformer le glucose ingéré afin que ce glucose soit une source d’énergie pour les cellules de l’organisme. Lorsque l’insuline manque ou qu’il n’accomplit pas bien son travail, les cellules se retrouvent à court d’énergie. Ce manque d’énergie se manifeste par des fatigues récurrentes lorsque vous vous dépensez trop, des maux de têtes, des céphalées, parfois des aphtes…. D’un autre côté le glucose ingéré s’accumule dans le sang et provoque une hyperglycémie. A la longue cette accumulation provoque des complications aux niveaux des reins, des yeux, du cœur, des nerfs et des vaisseaux sanguins. Le surplus de glucose est transformé à long terme en réserve lipidique. Ceci occasionne des maladies cardio-vasculaires ou/et des obésités si cette accumulation n’est pas vite contrôlée.

Que se passe-t-il dans l’organisme lorsqu’on jeûne ?
Comme précisé plus haut, le glucose est le carburant principal de l’organisme. Il constitue la source d’énergie des cellules. Lorsque nous mangeons, le glucose ingéré n’est pas totalement converti en énergie. Une partie de ce glucose est stocké dans le foie sous forme de glycogène. Lorsqu’on jeûne, on ingère moins de glucose et donc la quantité de glucose circulant dans l’organisme est drastiquement réduite. Par ricochet le foie produit moins d’insuline, puisque l’organisme n’en a plus besoin pour transformer le glucose. Le foie commence alors à libérer le glycogène stocke en réserve. Et ce glycogène servira de carburant pour les cellules. Cependant, les réserves du foie ne sont pas énormes et il ne peut couvrir généralement que 24h de jeûne sec environ. Après les 24h, d’autres mécanismes sont déclenchés afin de transformer les protéines des muscles ou les acides gras des tissus graisseux en glucose. Ces mécanismes vont se poursuivre jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de substrat ou jusqu’à ce que vous vous alimentiez. Des conséquences ne se font sentir que lorsque le jeûne dure trop longtemps et que les phénomènes adaptatifs sont dépassés. Par contre chez le diabétique, la production hépatique du glucose est altérée et la sécrétion d’insuline non plus n’est pas normale. Il est obligé de prendre des médicaments pour stimuler la production d’insuline. Or en cas de jeûne, non seulement le patient se prive de nourriture mais aussi de ses médicaments. Une telle situation peut entraîner très rapidement des conséquences lourdes.

Les risques du diabétique qui jeûne
Il est important pour un diabétique de faire la différence. Il peut observer un jeûne simple. Dans ce cas, ça peut être un jeûne hydrique, alternatif, stricte…. il peut observer un jeûne à long terme impliquant un total changement dans les habitudes alimentaires.
Dans un jeûne simple ou le patient ne peut rien avalerr sur une longue période le risque essentiel encouru par le jeûneur est l’hypoglycémie.
Mais lors d’un jeûne tel que celui observé pendant le ramadan le jeûneur est exposé à une surcharge alimentaire. Cette surcharge peut conduire à une hyperglycémie chez la plupart des diabétiques. Chez les diabétiques qui prennent leur traitement à des doses inadaptées en raison de leurs apports caloriques majorés, ils peuvent être exposés à une décompensation métabolique aigüe. Ils risquent d’être carencés en traitement en raison de cet apport calorique important. Si de plus, le jeûne est effectué durant une période de chaleur, le jeûneur est exposé à une déshydratation.
Prenons un exemple concret. Un diabétique qui voit sa glycémie monter jusqu’à 4g/l et qui observe le ramadan. D’abord son hyperglycémie se manifestera par une soif intense et une fréquente envie d’uriner. Dans son organisme, une forte quantité de glucose circulera et l’organisme en manque d’insuline ne pourra pas utiliser ce glucose pour nourrir les cellules en énergie. L’organisme va alors dégrader les graisses et les protéines pour compenser le manque en énergie. A partir des réserves, l’organisme produira de l’acétone qui va acidifier le sang et si rien n’est fait le jeûneur se retrouvera dans un état d’acidocétose avec une nécessité d’apport urgent en insuline.

Dans quel cas le ramadan est-il contre indiqué ?
Concernant le ramadan, les règles religieuses sont assez claires. La sourate II au verset 183 dit « Si le jeûne peut altérer de manière significative la santé du jeûneur ou lorsque la personne est malade, l’Islam l’exempte du jeûne ». Ce qui est renchérie par le verset 185 qui dit « Allah cherche à vous faciliter l’accomplissement de la règle, il ne cherche pas à vous la rendre difficile ».
Le ramadan est donc contre indiqué si
Vous êtes trop jeune, les enfants notamment
Vous êtes trop âgé, de peur de les exposer à une hypoglycémie, la déshydratation…
Vous êtes enceinte (parmi elles se trouvent des femmes diabétiques et d’autres atteintes de diabète gestationnel).
Vous êtes atteint de diabète déséquilibré traité par insuline
Vous souffrez de complications dégénératives du diabète non contrôlées
Vous souffrez de maladies ou infections associée au manque d’insuline

Précautions à prendre avant le ramadan
Pour un diabétique qui veut vivre pleinement son ramadan, il est important pour sa santé de consulter au préalable un médecin spécialisé sur la question. Un diabétologue serait l’idéal car très souvent les médecins non spécialisés déconseillent carrément le jeûne aux diabétiques ou leur laisse libre choix de gérer leur traitement durant le jeûne. Ce qui n’est très souvent pas adéquat. Il faut donc que le médecin ait une bonne connaissance de la pharmacopée diabétique et pouvoir adapter le traitement insulinique ou oral au jeûne du patient.
Ensuite durant la consultation post ramadan, il est important que le médecin
explique au jeûneur les impacts possibles du jeûne sur sa maladie.
Explique au jeûneur que la maladie est évolutive, qu’elle nécessite des adaptations thérapeutiques régulières et que selon l’évolution de la maladie, le ramadan peut être contre-indique un jour.
Adapter le traitement diabétique surtout pour les patients qui ont des traitements potentiellement pourvoyeur d’hypoglycémie.
Si vous êtes diabétiques et que vous souhaitez vivre le ramadan, il est recommandé de
Avertir tout d’abord votre médecin traitant ou un diabétologue de votre intention de faire le ramadan afin de faire un bilan de votre santé avant le ramadan.
Surveiller constamment sa glycémie : faire des test de glycémie avant chaque repas et deux glycémie au moins pendant la période de jeûne
Si votre glycémie est inférieur à 0,7g/l, rompre immédiatement le jeûne et se resucrer avant de ressentir un malaise.
Effectuer une surveillance glycémique renforcée en cas d’hypoglycémie peu renforcée
Limiter l’activité physique et sportive au maximum surtout en cas de chaleur : si vous exercez un métier nécessitant une activité physique intense et soutenue, vous êtes beaucoup plus exposé à un malaise hypoglycémique. Le ramadan serait risqué pour vous.
Equilibrer votre alimentation sur deux ou trois repas pendant les heures de rupture.

Le diabète est une maladie qui affecte énormémement l’organisme. Un diabétique ne peut pas suivre le jeûne typique en période de ramadan. Il est important de se prémunir des bonnes informations vis-à-vis des risques et des traitements possibles pour la maladie.